< MODE VIEUX CON ON >
Ce billet s’adresse avant tout à des personnes d’un âge respectable. Que les plus jeunes ne m’en veuillent pas : chacun ses références et ses modes.
Il est donc question de vocabulaire et de langage. Une langue vivante telle que le français évolue au grès des époques : nous ne parlons plus en « vieux françois » ; le langage s’adapte au grès des usages, ceux ci étant influencés par différentes modes et cultures.
En regardant de plus près on peut se faire une idée de l’époque et de l’état d’esprit des personnes qui l’utilise.
Voici une liste de mots et d’expressions entendues ces dernières années qui me font réfléchir quant à leur sens profond ou leur portée sociale.
Commençons par s’interroger sur le langage des scientifiques, qui sont des personnes à priori sérieuses : les météorologues. Ils ont fait de grandes études et utilisent des super calculateurs valant très cher.
Donc ses personnes parlent de goutte froide, de dôme de chaleur ou de bombe météorologique.
Qu’est-ce que cette surenchère de superlatifs ?
Pourquoi ne pas évoquer simplement un épisode glacial, de grande chaleur ou un phénomène météo de grande intensité…
Manqueraient-ils de crédibilité ? À moins que ça soit leur auditoire qui aurait besoin d’images simples ?
Lorsqu’ils parlent d’une étude faite sur un échantillon de personnes prises au hasard, ils n’ont rien trouvé de mieux que de dire qu’ils ont fait une étude randomisée (de l’anglais random). Aléatoire, c’était pas bien ?
Continuons par une autre profession : les journalistes. Ces personnes dont le métier et de transmettre des informations, parfois même par écrit, pourraient nous faire croire qu’elles maîtrisent notre langue, c’est la base pour ce métier. Que nenni, il n’en est rien. Et c’est même le contraire : ils inventent carrément des mots !
Vous avez peut-être déjà lu une phrase du type : « un accident a impliqué un scootériste et un piéton ».
Un cycliste d’accord, mais un scootériste ?!?? C’est vrai que c’est plus court que conducteur de scooter ou un cyclomotoriste…
Manqueraient-ils de crédibilité ? À moins que ça soit leur auditoire qui aurait besoin de mots courts ?
Toujours chez nos amis journaleux, qui parfois doivent citer leurs sources. À ce propos, ils diront que leur publication est : « sourcée ». Quel est le but ici ? Pourquoi ne pas simplement dire que les sources de l’article ont être vérifiées ?
Manqueraient-ils de crédibilité ? À moins que ça soit leur auditoire qui aurait besoin de mots courts ?
Parlons d’une caste de personnes que j’affectionne particulièrement : les politiques et autres responsables d’institutions. Ce sont généralement des cadors dans leur genre. À croire que ces personnes, issues de grandes écoles, reçoivent leur formation uniquement dans le but d’enrichir la langue française de leurs créations !
Début Octobre 2025, l’université de Rennes 2 crée un diplôme de « pair-aidance et savoirs expérientiels ». Tout un programme ! Les mots me manquent…
Manqueraient-ils de crédibilité ? À moins que ça soit leur auditoire qui aurait besoin de mots compliqués ?
Source : Le Télégramme
Poursuivons ce tour d’horizon linguistique avec le parlé des jeunes. L’autre jour, l’un d’entre eux me dit : « il fait chaud, genre c’est l’été ; du coup je me suis pimpé (ndlr : du verbe to pimp, prononcez : pimmepé) et je m’affiche au café ». Traduction : il fait chaud comme en été, je me suis maquillé (car : oui, en 2025, même les garçons se maquillent désormais) et je me suis installé en terrasse où tout le monde m’a vu.

Autre exemple. « L’autrice nous parle d’un groupe de personnes ; iels sont flexitarien·nne·s et demisexuel·le·s. » Là ont atteins des sommets ! Déjà, qu’est-ce qu’un flexitarien ? Un mélange de carnivore et végétarien ; donc un omnivore ! Pourquoi faire compliqué ? Pourquoi réinventer la roue ? Ici on remarquera un travers de notre société actuelle : l’individualisation dans le groupe. Notion contradictoire mais très en vogue. D’ailleurs c’est la même chose chez les militants lesbienne-gay-bi-trans. À une époque ces personnes se réclamaient de la mouvance LGBT, puis peu à peu chacun a voulu y ajouter son particularisme. Aujourd’hui on parle de communauté LIBTQI+. Tant qu’à faire : ajoutons toutes les lettres de l’alphabet et personne ne sera oublié !
D’un point de vue psychanalyse de comptoir, j’aurais tendance à penser que c’est du narcissisme ; dans une société qui lisse les individualités et les singularités.
Le monde de l’entreprise n’échappe pas à cette dérive ; mais en version anglophone décomplexée, voire exacerbée ; et c’est pas mieux. Les managers parlent de reporting, dashboard, confcall, secure, scalabilité… J’en ai les oreilles qui saignent !
Enfin, terminons par une note plus positive et bien appropriée en ce moment. Le monde évolue, de nouvelles choses sont inventées, ainsi il faut créer de nouveaux mots, en recyclant d’anciens ou en empruntant à une autre culture. Par exemple, lorsque qu’on utilise une intelligence artificielle (AI), on écrit des phrases dans une boîte de dialogue.
Cette dernière s’appelle : « le prompt » ; et par extension : l’historique des phrases pour affiner sa requête. Le pendant français est : « l’invite de commandes », mais ça fait trop programmation informatique.
À l’origine, dans les années 70, le prompt désignait la zone d’entrée de texte dans un programme d’IRC. Et pour être tout à fait exact, avant même ça, il désignait le curseur clignotant en forme de bloc dans un terminal ou une console.
Après tout ça… Comprenne qui pourra ! À ce jeux de chaises musicale, heureusement que le nom des académiciens est inscrit sur leur fauteuil ; car ils doivent faire des bons dessus ! D’ailleurs, je vous donne la définition du mot prompt telle que décrite dans le dictionnaire de l’Académie Française… :-D
D’un point de vue sociétal, à vouloir angliciser notre communication et à force de privilégier les mots de moins de trois syllabes ; je crains que notre riche langue française se cantonne aux actes de l’administration.
Et pendant ce temps la, les profs font l’école en forêt ou dans un pré.
# la mode, ça passe et ça trépasse
< / MODE VIEUX CON OFF >