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Sébastien COMPAGNE

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Jamais un instrument de musique n'aura laissé une telle empreinte sur un courant musical. Retour sur le TB-303, précurseur de l’acid house puis intrinsèquement lié à l’acid-techno et à l’acidcore.

L'expression artistique, quelque-soit son support, demeure intimement liée à l'évolutions des technologies, la musique ne fait pas exception. Et parfois, les concepteurs voient leur produit détourné pour en devenir de l’art. Dernier exemple en date : début des années 2000 avec l’Auto-Tune d’Antares, un outil permettant la correction de la justesse d’une voix chantée, est né « l’effet Cher » ; et qui sait ce que nous réserve l’avenir…

Évocation du TB-303, un instrument au son si particulier, unique et reconnaissable ayant peine à se définir comme synthétiseur, de part la pauvreté de sons crées. De plus, son invention est basée sur une erreur de marché (public ciblé) et son existence était voué à l’échec. Bref, le TB-303 : une erreur de la nature qui n’aurait jamais du exister.
Et pourtant cet instrument culte devenu une icône, a sa propre journée mondiale : le 3 Mars. D’ailleurs : plus de 40 ans après son invention, alors que le monde avance a grands pas et que les modes passent, des musiciens utilisent toujours les sons de cette machine.

La genèse

L’entreprise japonaise Roland commercialise depuis 1972 des instruments fortement liés à la musique électronique ; comme la TR-808, le Jupiter-8, le SH-101… Elle co-invente avec Sequential Circuits et Oberheim la norme MIDI, indispensable pour la synchronisation des machines musicales, telles que synthétiseurs, boîtes à rythmes, ordinateurs…

C’est au en 1982 que Tadao Kikumoto inventa un instrument qui, selon le cahier des charges, devait servir à imiter le son d’une basse pour accompagner les guitaristes. Évidemment, lorsque ces derniers eurent la machine entre les mains, tous la rejetèrent immédiatement. À juste titre : le son ne ressemblait en rien à celui émit par un bassiste et la programmation était contre-intuitive au possible. C’était un échec commercial cuisant puisque environ 15000 unités furent vendues à travers le monde !

Les précurseurs

Tout comme la maîtrise du feu ou l’invention de l’écriture se firent en plusieurs endroits du monde et à des époques plus ou moins semblables, l’utilisation de la TB-303 n’échappe pas à la règle. De Osaka à Paris, en passant par Bombay puis Chicago, certains musiciens ou producteurs succombèrent au charmes sonore de cet ovni.

C’est en 1982 que l’indien Charanjit Singh sorti son EP « Synthesizing : Ten Ragas To A Disco Beat », considéré comme la première composition acid de l’histoire.




À Chicago, en 1987 Marshall Jefferson producteur du trio Phuture (DJ Pierre, Spanky et Herb J) sort Acid Trax sous le label Trax Records.




Après un passage par l’Amnesia, un club d’Ibiza, puis en Angleterre ; en 1986 l’Europe découvre le son acid en même temps que l’ecstasy, les raves parties (aussi appelées free-party, teuf, tekos ou teknival, selon les époques et les jauges) ainsi que la criminalisation du mouvement. Laurent Garnier (avec Didier Delesalle (Shazz) et Ludovic Navarre (St Germain)) sera le premier compositeur français à utiliser le TB-303 avec « Acid Eiffel », sorti en 1993 sous le pseudo Choice sur le label Fnac Music Dance Division.




La machine

Il s’agit d’un générateur de sons fonctionnant avec (ou sans) séquenceur pas à pas.



Quelques caractéristiques techniques :
- monophonique ;
- 1 VCO (oscillateur analogique produisant au choix une forme d’onde (un signal) carrée ou en dents de scie) ;
- 1 ADSR (générateur d'enveloppe simple possédant uniquement une commande de descente (decay)) ;
- 1 VCF passe bas avec une pente à 24 dB par octave, avec des commandes de résonance et de fréquence de coupure ;
- accent (réglage de la dynamique) ;
- glide ;
- Séquenceur de 64 mesures x 7 morceaux (256 mesures au maximum) en mémoire ;
- sync MIDI I/O ;
- accidents inside :-D (condensateurs non stables).

Le schéma électrique de la carte mère :

Le son acid

Sans parler du kick (pied de grosse caisse) et des autres synthétiseurs et/ou sampleurs présents pour faire un titre, le son acid s’obtient en ajoutant en sortie du TB-303 une distorsion (de guitariste, normal pour l’époque) plus ou moins prononcée.
Légère pour lui donner du caractère, un peu de piquant ou forte pour faire crier la machine !

Le mythe

La communauté composée de techniciens, musiciens et mélomanes, célèbre la journée mondiale du TB-303 tous les 3 Mars de chaque année.
Roland, bien consciente de la place que l’entreprise joue sur la scène électro a même ouvert un musée à l’effigie des instruments ayant contribué à l’essor des musiques électroniques.

Des graphistes ont crées des posters, et même un plasticien en a fait un représentant l'histoire de l'acid house à travers les lieux et les styles !

l'héritage

Il est aujourd’hui possible de générer un son de type acid avec beaucoup de synthétiseurs matériels et logiciels.

Clones :

  • Roland TD-03
  • Roland Acid Bassline Synthesizer Aira (modélisation)
  • AdaFruit x0xb0x

Émulations (Plug-in VSTi) :

Et même dans un navigateur internet ou un smartphone :

Sons

Voici une playlist de sons issus de TB-303 modélisés et crées pour Roland Corp. Japan.

Et une liste non exhaustive d’artistes, collectifs et labels représentatifs des genres acid : A*S*Y*S, Acidolido, Avoris, ERROR 303 (label), Franky Jones, Jacidorex, Lehu, Ling Ling, Mr Gasmask, Needghost, Neurotrope (label), Obs.cur (label), Protokseed, Teik Arô, Teokad 303, Tekno Dimension (label), Velcro…




Sources :
https://www.roland.com/uk/promos/303day/
https://section-26.fr/machines-1-roland-tb-303-the-acid-queen/
https://synthetiseur.net/roland/tb303/
https://www.traxmag.com/la-grande-histoire-de-la-tb-303-la-machine-culte-qui-a-plonge-les-lignes-de-basse-dans-un-bain-dacide/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_TB-303
https://fr.wikipedia.org/wiki/Acid_techno

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